L'arrivée des agents conversationnels génératifs a introduit dans la classe de langue un interlocuteur d'un type inédit : disponible en permanence, linguistiquement compétent, indifférent au jugement, et pourtant dépourvu de toute intention de communiquer. Cet article interroge les conditions dans lesquelles un tel agent peut être tenu pour un véritable partenaire d'interaction en classe de FLE, plutôt que pour un générateur de textes. La recherche a été conduite auprès d'étudiants de master d'une université publique marocaine, dans un contexte où le français fonctionne comme langue de travail universitaire et comme instrument de sélection, et où l'insécurité langagière reste vive. Trois modalités de travail ont été comparées pendant huit semaines : une interaction avec l'agent encadrée par une scénarisation didactique explicite, une interaction avec le même agent laissée à l'autonomie des étudiants, et une interaction en dyades entre pairs. L'analyse repose principalement sur un corpus d'interactions transcrites, sur un journal d'observation et sur des entretiens semi-directifs. Trois régimes d'usage se dégagent, de la délégation pure à l'interaction scénarisée. Le résultat le plus net concerne la rareté des épisodes de négociation du sens dans les échanges avec l'agent : celui-ci ne signale presque jamais qu'il n'a pas compris, et prive ainsi l'apprenant de la friction qui fait travailler la langue.
Résumé de la recherche
L'intelligence artificielle conversationnelle comme partenaire d'interaction en classe de FLE : le cas des étudiants de master au Maroc
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