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Résumé de la recherche


Le rôle des institutrices de l'Alliance israélite universelle dans les transformations sociales et culturelles de la communauté juive marocaine sous le Protectorat français (1912-1949)

Auteurs:

  • Mbarek TOUGUI Auteur·e

Résumé:

 Pendant longtemps, l'histoire de l'Alliance israélite universelle au Maroc s'est écrite au masculin. Cet article prend le contre-pied de cette tendance en s'intéressant à celles qui, sur le terrain, ont réellement porté le projet de l'AIU : les institutrices. Fondée à Paris en 1860, l'Alliance avait fait du Maroc l'un de ses principaux terrains d'action, et son réseau scolaire y est passé d'une trentaine d'établissements à plus d'une centaine sous le Protectorat (1912-1949), avec une ambition assumée : « régénérer » les Juifs marocains par l'école française.

 Or, dès 1872, l'arrivée des femmes dans l'enseignement change la donne. Éduquer les filles, c'était dans l'esprit de l'Alliance former les « mères de demain », et donc transformer la société de l'intérieur. En s'appuyant sur les archives de l'AIU, son Bulletin, les Instructions générales pour les professeurs de 1903, la revue Paix et Droit et les rapports d'inspection de Yomtob Sémach, l'auteur montre comment ces enseignantes ont servi de relais concrets à une modernité pensée au féminin.

 Leur empreinte se lit partout : dans les salles de classe, bien sûr, où les fillettes apprennent le français et les savoirs profanes, mais aussi dans les corps et les garde-robes (l'habit européen supplante peu à peu le costume traditionnel, l'hygiène devient un mot d'ordre), dans les familles (recul du mariage précoce, nouveau modèle maternel) et dans les trajectoires sociales (sortie des mellahs, entrée dans les emplois administratifs). Le profil des enseignantes évolue lui aussi : d'abord venues d'Europe et des Balkans, elles sont progressivement formées sur place, notamment après l'ouverture de l'École normale hébraïque de Casablanca en 1946.

 Au bout du compte, ces femmes occupaient une position paradoxale : subordonnées dans la hiérarchie, moins bien payées que leurs collègues masculins, mais remarquablement autonomes au quotidien. Et leur œuvre n'a pas débouché sur une assimilation pure et simple, mais sur une modernité hybride, où les familles juives marocaines ont continué à célébrer la Mimouna et à suivre leur liturgie tout en adoptant les codes français. Vectrices du changement, elles en furent aussi les premières bénéficiaires et parfois les premières à le remettre en question.

Références

Publiée

2026-07-30

Numéro

Rubrique

الدراسات باللغات الأجنبية
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